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La Voyance Autrement de Corinne Morel, Editeur Jacques Grancher, 1992 (épuisé)
Révélations sur les liens voyant-consultant

Parenthèse : Au lieu de vous parler d’un livre que vous pourrez facilement vous procurer, je vais vous parler d’un livre que vous aurez du mal à trouver parce qu’il n’est plus édité. Ce n’est bien sur pas la raison de mon choix mais un p’tit coup de gueule envers notre société de consommation qui bennent des ouvrages qui ne devraient jamais être épuisés, selon mon humble avis … fin de la parenthèse.

4ème couv : « Cet ouvrage s’adresse aux huit millions de consultants, aux voyants eux-mêmes, comme à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin au « phénomène parapsy ». Il remet en question la voyance, non pas dans sa réalité, mais plutôt dans son utilité et dans ses conséquences individuelles et collectives. Il ne s’agit pas, pour l’auteur, de déterminer si la voyance existe ou pas, ni de fournir des preuves toujours contestables, mais plutôt de s’interroger sur les origines de la demande divinatoire et sur les possibilités de la satisfaire positivement.
La question qui est ici posée, n’est pas « faut-il croire ou non en la voyance », mais plutôt, « pourquoi y croit-on ».
Comprendre les motivations, manifestes mais aussi latentes, du consultant et analyser la fonction oraculaire : tel est le sujet de cet ouvrage.
Corinne Morel, après avoir assuré pendant plusieurs années des consultations divinatoires, s’est orientée vers l’enseignement de la tarologie. Elle a, dans le même temps, entrepris une recherche sur la voyance dans le cadre de l’Université Lyon II. »

Le langage utilisé rend la lecture un peu difficile mais il ne faut pas se décourager, au fur et à mesure on s’habitue.
Elle en explique les raisons :
Il s’agit du mémoire de son « DUPS (Diplôme Universitaire de Pratiques Sociales : cursus d’études en sciences humaines (orientation psychologie, sociologie, anthropologie) reposant sur une théorisation de problèmes rencontrés dans la pratique de sa profession, recherche validée par l’écriture d’un mémoire. » 
« L’éditeur et moi-même avons préféré livrer à la connaissance du public mon travail dans sa forme originale, sans retouche, rajout ou coupure. …. Vulgariser coûte que coûte peut témoigner d’un manque de considération pour le public, en mettant en doute ses facultés de compréhension et d’assimilation. De plus, en voulant trop simplifier la forme, ne risque-t-on pas d’intenter au fond ? »

Dans la 1ère partie du livre, l’auteure parle de sa vie personnelle, des éléments de son enfance, de sa vie familiale qui l’ont conduite  à choisir ce métier et son parcours ; pas de pouvoirs occultes, mais un discours vrai, sincère qui lui ressemble.
Elle s’interroge sur le terme exact à employer et 17 ans plus tard la question n’est toujours pas réglée … voyant tout le monde voit ce que ça veut dire mais chacun se fait sa propre définition et sa propre image.
J’ai mis des années à essayer d’utiliser un autre mot, tarologue ou cartomancien me parait bien mieux approprié mais les gens froncent les sourcils, c’est quoi encore ça etc… alors voyant reste le plus pratique. Je n’aimais pas cette étiquette. Le livre m’a permis de me réconcilier avec ce mot car j’adhère à ce que l’auteure propose comme définition.
« Il importe de définir réellement le rôle du voyant, c'est-à-dire non plus celui qu’on lui donne à jouer, mais le rôle que lui-même se reconnait. Pour ma part, je considère avoir avant tout une fonction d’aide et de soutien. Je suis « normalement » là pour répondre aux besoins spécifiques d’une personne, dans un moment donné. Il m’incombe la responsabilité de lui donner une autre vision des choses, qui peut lui permettre d’assumer différemment ou mieux une réalité qui lui est difficile à vivre parce qu’elle ne la comprend pas….Il n’y a pas pour moi d’acte divinatoire au sens où on l’emploie communément mais, plutôt, en raison de l’utilisation d’un outil spécifique, exploration dans le temps du consultant. Comme toute pratique prévisionnelle, le Tarot permet de voyager dans l’espace et dans le temps. Il est pour cela nécessaire de remettre en question cette conception linéaire que l’on a du temps. »

Elle témoigne de sa pratique professionnelle de voyante sous différents aspects : elle aborde les motivations sociales, individuelles avec des cas concrets qui montrent de près et en profondeur la réalité de la profession, le côté gratifiant, le coté ingrat … le cap qu’elle doit constamment garder même si on essaie de la faire dévier, ses relations avec ses clients.

Dans la 2nde partie passionnante, elle explique en étudiant le mythe d’Œdipe, plus précisément la pièce de Sophocle « Œdipe-Roi », comment à vouloir échapper aux terribles oracles qu’ils sont allés consulter volontairement, toute une famille va sombrer dans la tragédie en réalisant tout ce qui avait été annoncé.
Dans la pratique, il est saisissant de voir comment ce que nous annonçons est compris et encore plus comment cela se réalise.

« Comment est perçu l’oracle ? Comment le consultant se positionne par rapport au message divinatoire ? L’invitation à méditer, à réfléchir laisse supposer que tout n’est pas donné et que, pour accéder à la compréhension de l’oracle, il est nécessaire de le penser. »

« La voyance, tout comme la magie, est par définition affaire de croyance. Elle repose sur l’affirmation : « j’y crois »…ou sur la négation : « je n’y crois pas »…dire « je n’y crois pas », c’est s’affirmer en déni par rapport à la divination et donc c’est aussi quelque part croire, au moins en la réalité de l’objet. »

« La voyance, quoi qu’il en soit, se fonde sur une relation affective. Le message divinatoire est appréhendé de manière primaire, sur le mode de la croyance….le consultant se met dans une position de dépendance maximale. Or ce comportement, fonctionnement psychique spécifique, qui interdit toute forme de mentalisation, se voit confirmé et augmenté dans nos sociétés industrialisées reposant sur le modèle de la consommation passive. C’est le règne du produit fini – déjà mâché, voire prédigéré – qui invite à ne plus penser, ne plus réfléchir, ne plus agir. »

Pourtant « Le voyant ne peut pas – pour ne pas dire : ne doit pas – se substituer au libre-arbitre de la personne, car ce serait alors prendre la responsabilité de se poser en décideur de la « destinée » d’autrui. »

« …C’est justement là ce qui lui est demandé. Alors s’il veut satisfaire sa clientèle, il est obligé de se plier à ses exigences. Combien de fois j’ai su que je perdais des consultants parce que je ne leur donnais pas ce qu’ils étaient pourtant en droit de me demander : des certitudes, une garantie totale, la solution facile au problème difficile. »

« Leur dire que je ne suis pas infaillible, revendiquer haut et fort – pour être entendue – mon droit à l’erreur, c’est ne pas répondre aux lois du marché. Plus encore, c’est porter atteinte à l’image idéalisée, magnifiée et clivée du voyant. »

« L’incertitude a cela de bon qu’elle nous oblige à agir, à nous comporter en être adulte et responsable. Connaitre son avenir, c’est certes apaiser l’angoisse de l’ignorance, mais c’est aussi se dire trop rapidement : tout est perdu ou tout est gagné. Et, si l’homme peut réduire l’aléatoire, c’est avant tout par des choix et non pas en se conformant passivement à des prédictions faillibles. La voyance n’est que stimulante, préventive ou incitative ; elle ne peut être décisive ou définitive. »
  
A Guillaume Dupuis alias Ludor Florez,
Encore merci à toi pour ce trésor …

Tag(s) : #Livres
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